Les représentations de la Vierge du XIe au XVIe siècle

Le musée d'Art sacré conserve de nombreuses oeuvres d'art ayant la Vierge pour sujet. Découvrez avec ce parcours l'évolution de sa représentation au cours de ces six siècles, du moyen-âge central à l'époque moderne.

 

 

Les Vierges en majesté romanes

Dès la seconde moitié du XIe siècle, dans un mouvement qui culmine avec la Réforme Grégorienne (1073), la Vierge en Majesté et son symbolisme pluriel se développent. Celle-ci est aussi appelée Sedes sapientiae, "Trône de la sagesse", car Marie est l'outil de l'incarnation du Seigneur, ainsi que son principal soutien. Du XIe siècle à la première moitié du XIIIe siècle, elle est constante dans son hiératisme. Mais les formes évoluent et le XIIIe siècle est celui d'une transition vers la sculpture gothique.

 

Les Vierges gothiques du XIVe siècle

Ces vierges sont influencées par le type byzantin de la Hodigitria, tenant le Christ debout de sa main droite et le montrant de la main droite. Mais le sourire qu'affiche la Vierge est nouveau. Elle est légèrement hanchée, et se montre sous ses plus beaux habits. Charmante et rassurante, elle se présente comme l'intercesseur privilégié des chrétiens. Tout est fait pour la montrer comme un être accessible, bien moins sèvère qu'à la période romane.

 

Une diversification aux XVe et XVIe siècles

Au XVe et XVIe siècles se succèdent et se cotoyent des représentations de la Vierge plus variées. On peut voir la Vierge hiératique et frontale ou raffinée et souriante, comme pendant les siècles précédents. Une nouvelle iconographie mariale apparaît, et le retable d'Esbarres d'influence flamande s'en inspire dans une partie de ses panneaux. Parfois teintée de pathétisme, la Vierge garde globalement un fort aspect maternel et bienveillant.

 

Bibliographie :

  • Bertoni Nadia, La sculpture sur bois polychrome des XIe-XIIe siècles en Bourgogne, Thèse de doctorat en histoire de l'art, sous la direction de Valentino Pace et Daniel Russo, Dijon, Université de Bourgogne, 330 p.
  • Duchet-Sucheaux Gaston, Pastoureau Michel, La Bible et les saints : Guide iconographique, Paris : Flammarion, 2014, 317 p.
  • Russo Daniel, « Les représentation mariales dans l'art d'Occident. Essai sur la formation d'une tradition iconographique.» In : Iognat-Prat Dominique, Palazzo Éric, Russo Daniel (Dir.), Marie : le culte de la Vierge dans la société médiévale, Paris : Beauchesne, 1996, pp. 173-291.
  • Russo Daniel, « Un don exceptionnel au Musée d'Art Sacré de Dijon : Vierge à l'Enfant provenant de la chapelle Notre-Dame de Lantenay » In : Bulletin des musées de Dijon, Dijon : Société des amis des musées de Dijon, N°7, 2001, pp.82-84.

 

VIERGE EN MAJESTE

Bois polychrome

Fin du XIe siècle

N° inv. D980.15.1 (Dépôt de la commune de Viévy)

 

La Vierge de Viévy date de la fin XIe siècle. Elle est hiératique et frontale, et l'artiste a eu du mal à en dégager les formes. La tunique du Christ derrière les mains de Marie est mal définie, ce qui suggère une datation ancienne. Sa tête penchée la rapproche de deux Vierges mosanes et d'une Vierge ottonienne de la fin du XIe siècle, quand la Bourgogne subit l'influence artistique du Saint-Empire. Dans une période pendant laquelle Marie prend une grande importance, elle est la sedes sapientiae  (Trône de Sagesse), à la fois figurée comme l'outil de l'incarnation du Christ et le support de son règne.

 

Classée MH le 22 juillet 1959

 

Bibliographie :

Bertoni Nadia, La sculpture sur bois polychrome des XIe-XIIe siècles en Bourgogne, Thèse de doctorat en histoire de l'art, sous la direction de Valentino Pace et Daniel Russo, Dijon, Université de Bourgogne, 330 p.

VIERGE A L'ENFANT EN MAJESTE

Noyer polychrome

Première moitié du XIIIe siècle,

N°inv. MAS 2002.3.1

 

La Vierge en Majesté de Lantenay (21) découle d'un "style 1200" mosan qui continue à se développer durant le premier tiers du XIIIe siècle en Bourgogne. Il est perceptible dans la régularité du drapé qui est proche du corps et forme des courbes amples. Sa commanditaire est peut-être Alix de Vergy qui se retire à Lantenay en 1229. La statue prenait place dans la chapelle de l'ancien chateau peinte dans le même style. Elle était sans doute présentée à une cour restreinte. Bien que raffinée, elle est le "Trône de Sagesse" qui a permis la venue du Christ à travers l'incarnation, ainsi que son soutien. Sa main droite repliée vers le Christ peut symboliser la venue de la nouvelle Loi à travers le Christ, tandis que sa main gauche dirigée vers le bas évoquerai la demande de pardon pour l'ancienne Loi.

 

 

Bibliographie :

Russo Daniel, « Un don exceptionnel au Musée d'Art Sacré de Dijon : Vierge à l'Enfant provenant de la chapelle Notre-Dame de Lantenay » In : Bulletin des musées de Dijon, Dijon : Société des amis des musées de Dijon, N°7, 2001, pp.82-84.

VIERGE A L'ENFANT

Noyer polychrome

XIIIe siècle

N°inv. 981.4.1

 

La Vierge à l'enfant de Pagny-le-Château est frontale est massive, à l'image des Vierges en majesté romanes. Mais son visage est bien plus humain, montrant une recherche d'expressivité, et le Christ qu'elle tient a l'attitude d'un véritable nourisson. Elle atteste d'une transition qui annonce la sculpture gothique. On passe alors d'une Vierge hiératique à une Vierge grâcieuse devenant de plus en plus accessible pour le fidèle.

VIERGE A L'ENFANT

Bois polychrome

XIVe siècle

N°inv. D982.6.1 (Dépôt de la commune de Vandenesse-en-Auxois)

 

La Vierge à l'enfant de Vandenesse-en-Auxois est caractéristique de la représentation de la Vierge au XIVe siècle. Elle est influencée par le type byzantin de la Hodigitria, dans lequel la Vierge assise tient l'enfant debout sur son genou gauche et le montre de sa main droite. Couronnée et vêtue de ses plus beaux habits, peints d'une polychromie rare et bien conservée, elle est hanchée et affiche un sourire en regardant l'enfant qui lui tient le menton en signe de tendresse. Ce qu'on appelle "l'humanisme gothique" est incarné dans cette Vierge qui paraît accessible et rassurante. Elle est alors l'intercesseur privilégié des fidèles.

 

Classée MH le 3 avril 1907

VIERGE A L'ENFANT

Noyer polychrome

XIVe siècle

N°inv. D984.6.1 (Dépôt de la commune de Viévy)

 

La Vierge à l'enfant gothique de Viévy reprend le type byzantin de la Hodigitria, tenant l'enfant sur son genou gauche qu'elle désignait sans doute de sa main droite. Elle est vêtue avec un manteau bleu et une tunique rouge, couleurs de la Vierge. Légèrement hanchée et affichant un sourire, elle fait encore partie de ces Vierges gothiques que l'on dote d'un certain charme et qui affichent une proximité avec le fidèle. Elle est alors pours les fidèles le principal personnage pouvant intercéder en leur faveur auprès de Dieu.

 

Classée MH le 20 janvier 1974

VIERGE A L'ENFANT

Bois polychrome

XVe siècle

N°inv. MAS D2010.1.16 (Dépôt du CHU Dijon Bourgogne)

 

Les deux Vierges du XVe siècle déposées par l'hôpital contrastent fortement avec les Vierges gothiques souriantes. Leur style est peu marqué, et elles peuvent attester d'un courant artistique local. Elles sont assises et frontales comme les majestés romanes. Mais elles sont moins hiératiques, leur visage est serein tout en affichant une distance avec le spectateur.

 

Inscrit MH le 29 mai 2007

VIERGE A L'ENFANT

Bois polychrome

Fin du XVe siècle ou début du XVIe siècle

N°inv. 982.1.2

 

À la fin du XVe siècle et au début du XVIe siècle, un style gothique tardif se perpétue, notamment dans l'aire rhénane. Cette Vierge à l'enfant est debout, et tenait l'enfant de sa main gauche. L'avancée de son genou droit rend le hanchement réaliste. Son visage très humain et proche de la réalité est caractéristique du gothique tardif rhénan. Malgré le développement parallèle de thèmes pathétiques, la persistance d'une facette maternelle et accessible de la Vierge à cette période est ici attestée.

RETABLE D'ESBARRES

L'Annonciation

Grisaille

Première moitié du XVIe siècle

N°inv. D979.10.1.1 (Dépôt de la commune d'Esbarres)

 

L'Annonciation est la première scène figurant la Vierge du retable d'Esbarre, polyptique d'influence flamande. Cette scène universellement connue relate l'annonce par l'ange Gabriel à la Vierge Marie de sa nativité. Elle qui est en train de lire montre sa surprise à la vue de l'ange qui tient son bâton de messager dans sa main droite. La fleur de lys au second plan symbolise la pureté de la Vierge, qui enfantera ensuite du Christ. Sa réception de l'Esprit Saint est d'ailleurs symbolisée par les rayons lumineux qui émanent de Dieu flottant sur une nuée.

 

Classé MH le 24 décembre 1912

RETABLE D'ESBARRES

Pietà

Huile sur bois

Première moitié du XVIe siècle

N°inv. D979.10.1.2 (Dépôt de la commune d'Esbarres)

 

La Pietà est la seconde scène figurant la Vierge du retable d'Esbarre, polyptique d'influence flamande. Thème établi depuis le XIVe siècle, elle représente une Vierge éplorée maintenant le corps du Christ mort sur ses genoux. Sa douleur est évoquée par son regard désabusé. La fin du Moyen Âge est marqué par l'émergence de thèmes pathétiques en raison des crises que sont les guerres et épidémies, et ils restent encore bien présents au XVIe siècle. Le paysage est adapé au monde dans lequel vivait le donateur, et la Jérusalem que l'on voit à l'arrière plan pourrait bien être inspirée de Dijon.

 

Classé MH le 24 décembre 1912

RETABLE D'ESBARRES

La Nativité

Grisaille

Première moitié du XVIe siècle

N°inv. D979.10.1.2 (Dépôt de la commune d'Esbarres)

 

La Nativité de la Vierge est la troisième scène figurant la Vierge du retable d'Esbarre, polyptique d'influence flamande. À la droite du panneau, on voit la Vierge sous la forme d'un nourrisson se faisant allaiter par une nourrice. Anne, sa mère, est allongée dans son lit après l'accouchement, et une servante lui apporte de l'eau. Cette scène est présente afin de préfigurer le thème de l'Immaculée Conception. La Vierge ayant été conçue suite à une maternité divine, elle n'est pas affectée par le péché originel. Ainsi peut-elle plus tard accueillir en elle la nature divine.

 

Classé MH le 24 décembre 1912

RETABLE D'ESBARRES

La Vierge aux sept glaives

Huile sur bois

Première moitié du XVIe siècle

N°inv. D979.10.1.3 (Dépôt de la commune d'Esbarres)

 

La Vierge aux sept glaives est la quatrième scène figurant la Vierge du retable d'Esbarre, polyptique d'influence flamande. Les sept glaives symbolisent les sept douleurs de la Vierge, que sont : la prophétie de Siméon, la fuite en Égypte, la perte de l'Enfant Jésus resté dans le Temple au milieu des Docteurs, le Portement de croix, la Crucifixion, la Descente de croix et la mise au Tombeau. Ce motif se développe à la fin du Moyen Âge.

 

Classé MH le 24 décembre 1912

RETABLE D'ESBARRES

L'Assomption

Grisaille

Première moitié du XVIe siècle

N°inv. D979.10.1.3 (Dépôt de la commune d'Esbarres)

 

L'Assomption est la cinquième scène figurant la Vierge du retable d'Esbarre, polyptique d'influence flamande. Les apôtres assistent à l'ascension de la Vierge, enlevée corps et âme par des anges. Sur la gauche est représenté saint Thomas, qui selon certaines légendes ne croyait pas à la véracité de l'évènement. Les autres montrent leur étonnement. L'Assomption fait suite à la Dormition, qui désigne la mort de Marie.

 

Classé MH le 24 décembre 1912

RETABLE D'ESBARRES

L'Immaculée Conception

Grisaille

Première moitié du XVIe siècle

N°inv. D979.10.1.4 (Dépôt de la commune d'Esbarres)

 

L'Immaculée Conception est la sixième scène figurant la Vierge du retable d'Esbarre, polyptique d'influence flamande. La Vierge est entourée de deux prophètes, sans doute Isaïe à sa gauche et Ézéchiel à sa droite. Au dessus sont figurées différents symboles bibliques se référant aux litanies de la Vierge, qui sont des prières demandant son intercession en recensant toutes ses qualités. Ainsi, Marie est turris davidica (Tour de David), rosa mystica (Rose Mystique), Hortus conclusus (Jardin clos). Cette iconographie apparait à la fin du Moyen Âge mais est rapidement abandonnée du fait de sa complexité.

 

Classé MH le 24 décembre 1912

 

PIETÀ

Chêne polychrome

XVIe siècle

N°inv. D992.2.1 (Dépôt de la commune de Champagny)

 

Cette sculpture représente la Vierge déplorant la mort du Christ juste après la crucifixion. Les larmes qu'elle arbore sont peut-être dues à la polychromie du XIXe siècle, mais elles illustrent bien la sensibilité pathétique qui touche l'art de la fin du Moyen Âge. En effet, le motif de la pietà se développe dès la fin du XIVe siècle, dans un contexte d'épidémies et de guerres. La Vierge est ici montrée faible et triste, à l'opposé de ses représentations antérieures, signe d'un certain pessimisme.

 

Classé MH en février 1999

VIERGE À L'ENFANT ET SAINT JEAN-BAPTISTE

Anonyme

Huile sur toile

Milieu du XVIe siècle

N°inv. D978.1.1.1 et 2 (Dépôt de la commune d'Ivry-en-Montagne)

 

La Vierge à l'enfant et saint Jean-Baptiste est un tableau peint au XVIe siècle par un artiste sûrement influencé par Léonard de Vinci. Il représente la Vierge et les deux enfants de façon naturaliste, avec une recherche dans le rendu des proportions et des carnations. Elle est habillée selon la mode de l'époque. L'aspect maternel est évident dans la tendresse du regard de Marie. La pomme qu'elle tient en même temps que le Christ rapelle le péché originel et le sacrifice du Christ pour le racheter.

 

Classé MH en 1919